Quelques regards sur la
manifestation « violente »
de la place de la République

Les participants aux charges selon la tactique "Black Bloc" se préparent

Les participants aux charges selon la tactique « Black Bloc » se préparent, crédit : Paul Félix Michaelis

L’on s’attend toujours, lors d’un sommet international type G20, OTAN, OMC, et maintenant COP21, d’assister à du grabuge. On se souviendra de Seattle 1999, et les émeutes et la répression policière, lors de la Conférence interministérielle de l’OMC. Ou lors du G20 de 2001, de Gênes, qui coûta la vie à Carlo Giuliani atteint d’une balle de policier. La justice a statué, lors du procès, que la balle ne visait pas le défunt et provenait d’un ricochet. Toutefois, le sommet fut marqué d’intenses brutalités entre débordement policiers et outrages anarchistes.

Depuis ce jour, tous les sommets font l’objet de mesures exceptionnelles. À chaque fois le même scénario : des manifestants pacifiques, généralement autorisés ; une partie des manifestants sortent de l’itinéraire autorisé ; la police se crispe ; les anarchistes appliquent la tactique du « Black Bloc » consistant en des jets de projectiles pour provoquer un excès policier, le tout afin de gâcher la sérénité du sommet.

Ce qui se passa à la République le dimanche 29 novembre, était infiniment moins grave que cela, mais après une  analyse des communiqués et des articles, j’ai regroupé trois témoignages de gens présents. Bien que cela se passa à 400 mètres de chez moi, je n’y étais pas exceptionnellement et lamentablement (afin de tout voir de mes propres yeux).

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Une ambiance majoritairement pacifique, crédit : Paul Félix Michaelis

Le dimanche se divise en deux moments: la chaîne humaine entre Nation et République. Celle-ci  se déroula raisonnablement bien, sans la moindre trace de violence. Une fois terminée, des manifestants plus gauchisants et anarchisants que les autres se rassemblèrent sur la Place de la République, deux ou trois mille, ce qui n’est pas immense pour cette place.


À chaque fois le même scénario : des manifestants pacifiques, mais une sortie de l’itinéraire autorisé ; la police se crispe ; les anarchistes appliquent la tactique du « Black Bloc » et jettent de projectiles pour provoquer la police et gâcher la sérénité des sommets


Un anarchiste américain, Kristian, me raconte le lendemain. « On initialement fait une chaîne humaine, vers le Bataclan (effectivement sur le parcours Nation-République). Puis je suis allé à Place de la République pour y rejoindre l’Alliance libertaire, des anarchistes plus classiques et d’autres groupes sans forte identité ». Il constate que la police a commencé à se mettre en position en carré, et alors que les manifestants ont levé des barrières. Lui-même est à 200 m environ du point sensible, fumant une cigarette tout seul. Kristian poursuit:

« Là-dessus la police vaporise du poivre et peut-être six flics tirent des lacrymos et des balles en caoutchouc en l’air qui font plusieurs centaines de mètres et j’en reçoit une balle en niveau de la braguette. Je tombe à la renverse, mais heureusement la distance atténue force ! »

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la première salve de lacrymos, crédit : Paul Félix Michaelis

« Puis environ 500 personnes de cette foule de 3000 ont sorti des cailloux de leurs sacs, les ont lancés sur la police, après les tirs.  Ceux qui n’avaient pas de cailloux ont pris des bougies, mais ce n’était pas dans un esprit de profanation« .

« Lorsque la police a commencé à encercler le noyau aggressif, quelque 200 « Black Bloc », ayant retiré leurs vêtements et signes noirs, s’extraient incognito. Ceux qui restaient encerclés, dont moi, ne sont pas des Black Bloc, et on est nombreux  à avoir instinctivement fait le monôme, totalement pacifiquement. La police, qui n’avait rien remarqué au manège des « Black Bloc », s’est mis à arrêter au hasard des gens encerclés. »

Kristian finira par s’asseoir par  terre, et au bout de deux heures d’encerclement, il se lève les mains en l’air et se rend à police pour ainsi dire. Un policier le mène au bus de police, puis une fois arrivé un officier dit quelque chose (Kristian ne parle pas français) et est relâché sur le mode « casse-toi ». Il résume: « la plupart des gens arrêtés étaient sans lien avec les Black Bloc, et en grande partie des badauds un peu curieux et vaguement sympathique à la contestation« .

Kristian raconte enfin sa  surprise devant la brutalité précipitée de la police. De son expérience des manifestations aux États-Unis, la police attend bien plus longtemps avant d’user de la manière brutale.

Le regard de deux Allemands:

Deux Allemands, une professionnelle des R.P. verts, dûment accréditée pour le Bourget, et un photo-journaliste non-accrédité le Bourget mais parfaitement apolitique, se sont joint à la première manifestation et ont poursuivi sur le rassemblement sur la place de la République.

Ils se sont rencontrés cordialement (pas d’histoire romantique) à Paris, où moi-même  je les ai rencontrés dans le café d’une auberge de jeunesse qui héberge un grand nombre de participants et ONG de la COP,  Ils étaient sur la place, et les photos de Paul Felix Michaelis vous illustrent l’ambiance. La R.P., que nous appellerons Samoï d’un de ses surnoms, voit la chose ainsi: « Je suis berlinoise et je sais que face à un tel rassemblement, notre police aurait totalement vidé la place. Les policiers ont été polis avec moi, me poussant légèrement de la main pour m’écarter de la zone d’action. À Berlin ils m’auraient repoussé brutalement. »

Notre photographe Paul pense quant à lui que l’évènement a été un peu violent quand même, que la police a tiré trop à l’aveugle mais que les anarchistes étaient visiblement remontés et lançaient des bougies, et parfois des projectiles dangereux, pour ensuite se draper dans des drapeaux « Peace » en hurlant « peace, peace, peace ».

Ma conclusion:

Un après-midi peu concluant. Cependant, si les anarchistes ont pu faire leur routine de la tactique « Black Bloc », le seul fait que le rassemblement à la République soit interdit reste quand même excessif. L’état d’urgence n’est pas de combattre quelques centaines de vandales dont les actes pourraient les discréditer. La police les a-t-elle poussés à la faute? Pas vraiment. Le lancer de cailloux est un geste dangereux. Le tir de balles en caoutchouc aussi, sans que la foule soit bien identifiée et les provocateurs séparés des pacifiques. Bref, les sommets sont comme cela.

le Black Bloc à l'œuvre, crédit : Paul Félix Michaelis

le Black Bloc à l’œuvre, crédit : Paul Félix Michaelis