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L’Ukraine vote dans

Le candidat Evgueni Ribchinski avec un slogan "Je suis Kiev, tourné vers les kieviens" © Paul Gogo pour Décalage Diplo

Le candidat Evgueni Ribchinski avec un slogan « Je suis Kiev, tourné vers les kieviens » © Paul Gogo pour Décalage Diplo

De notre correspondant à Kiev, Paul Gogo. Ce dimanche, les Ukrainiens sont appelés à élire leurs élus locaux, dans un contexte d’après-guerre compliquée, et d’abandon diplomatique. Un vrai défi.

Près de 10 000 maires et 160 000 conseillers municipaux seront élus à l’issue des scrutins. Une participation conséquente est attendue malgré la défiance ambiante liée aux réformes en cours. Ces élections sont à suivre car c’est la première fois depuis la chute du président Ianoukovitch qu’un scrutin aussi compliqué techniquement et politiquement est organisé en Ukraine. Avec le retour de la paix, ce sont ceux que les militants de Maidan souhaitaient faire disparaître qui font leur retour en force sur les listes électorales du pays. Et cela, démocratie oblige, le président Poroshenko ne peut pas y faire grand chose. À Odessa par exemple, une grande partie des candidats sont des hommes d’affaire locaux qui y organisent la corruption depuis des années.

Il y a également Ioulia Timochenko et son parti Batkivshchyna, particulièrement mal vue par la population lors de son retour sur la scène politique en 2014, qui s’est faite discrète pendant cette année de guerre, et qui promet de revenir en force à l’issue de ce scrutin. Son parti pourrait atteindre jusqu’à 11% des suffrages ce dimanche. Un bon score et une future épine dans le pied du Président Petro Porochenko pour cette élue publiquement opposée au vote de l’amendement sur la décentralisation.


Les armes lourdes disparaissent de la ligne de front et les échanges de prisonniers

continuent à avoir lieu, ces élections sont un point positif de plus


Enfin, et c’est à surveiller de près, les candidats du Bloc d’opposition, qui risquent de faire un carton dans les villes du grand Est contrôlées par l’Ukraine. Majoritairement issus de l’ancien Parti des régions du président Ianoukovitch, ils représentent la voix des prorusses dans le Donbass.

Et puis, il faudra observer la réaction de la Russie dont la propagande ne risque pas d’oublier de délégitimer le vote en rappelant que quelques centaines de milliers d’Ukrainiens réfugiés ne pourront pas y participer. D’autant plus qu’aucune élection ne sera bien évidemment organisée en Crimée comme en zone séparatiste du Donbass.

La décentralisation au cœur du scrutin
L’adoption de l’amendement de la constitution relatif à la décentralisation fait autant parler qu’elle n’est comprise en Ukraine. C’est pourtant un des enjeux de cette élection puisque ce sont ces nouveaux élus qui bénéficieront de ces changements. Mais un point de cette amendement cristallise les tensions, un amendement évoquant une « autonomie des régions du Donbass ». La guerre n’est jamais loin en Ukraine. Ce scrutin n’y échappe pas. Le terme autonomie effraie et pose problème pour beaucoup de députés. Sauf qu’il doit être adopté d’urgence, avant le 31 décembre 2015 comme l’imposent les accords de Minsk. Il s’agissait donc pour le Président Poroshenko de communiquer avec agilité sur ce sujet afin de convaincre sans rater sa campagne.

Les accords de Minsk au loin
À la veille de la rencontre « format Normandie » du 2 octobre dernier, les accords de Minsk2 (le Protocole de Minsk du 5 septembre 2014 et le Mémorandum de Minsk du 19 septembre 2014) semblaient encore être une priorité pour les diplomates des pays concernés. Il faut dire que la volonté des séparatistes d’organiser leurs propres élections locales détruisait de facto ces accords. Depuis, les séparatistes ont annoncé annuler leurs élections. Simple comme un coup de fil du Kremlin. Désormais, l’attention internationale se concentre sur de nombreux autres points chauds du monde, dont la Syrie.L’application finale des accords de Minsk2 à l’origine prévue pour le 31 décembre 2015 est pour l’instant remise à … jamais. Les parties « terrain » des accords se règlent un-par-un et finalement assez rapidement. Au 1er septembre, le cessez-le-feu est miraculeusement devenu totalement effectif, les armes lourdes disparaissent désormais progressivement de la ligne de front sous la surveillance de l’OSCE et les échanges de prisonniers, bien que non complétés, continuent à avoir lieu. Les élections de ce week-end sont un point positif de plus. Une source diplomatique française avouait récemment que certains points des accords de Minsk étaient clairement irréalistes mais que l’essentiel était de stabiliser la situation et surtout de s’assurer un cessez-le-feu durable et solide. En clair, régler le cessez-le-feu puis laisser le pays se débrouiller tout seul avec sa zone séparatiste. Et cela promet une nouvelle période difficile pour l’Ukraine qui voit l’hypothèse d’un conflit gelé devenir réalité.

Paul Gogo pour Décalage Diplo