Author Archives: Harold Hyman

Journaliste, passionné par le géopolitiquement correct et incorrect. Retrouvez mes chroniques géopolitiques sur le blog de BFM TV. Pour le reste, c'est ici que ça se passe!

Le Kosovo manque la dernière marche de l’UNESCO, l’un de ses

Une église serbe orthodoxe au Kosovo

Une église serbe orthodoxe au Kosovo, crédit : Décalage-diplo.fr

Le Kosovo, qui a déclaré unilatéralement son indépendance en 2008, a échoué de peu lundi à devenir membre de l’Unesco. Cet évènement quasiment inédit d’un État qui rate son entrée, s’est fait à l’issue d’un vote serré. La demande d’adhésion du Kosovo, présentée par l’Albanie, a recueilli 92 votes, sur 142 exprimés, n’atteignant pas la majorité des deux tiers (95) nécessaire à sa ratification, lors d’un vote au siège de l’UNESCO à Paris. Cinquante États membres ont voté contre la résolution, et 29 se sont abstenus. Détail croquant: l’Espagne a voté contre, sans doute inquiète du parallèle avec la Catalogne séparatiste.

La Serbie et la Russie, tandem traditionnel, étaient opposées à cette adhésion. Depuis quinze ans, les deux États poursuivent l’État kosovar et délégitiment son existence-même. Dans le cas présent, l’entrée de la République du Kosovo à l’UNESCO aurait créé un parallèle avec le cas palestinien: reconnaissance à l’UNESCO, mais non pas à l’ONU. Le parallèle s’arrête là: la fracture entre le Kosovo et la Serbie est territorialement précise, reconnue par 111 États et garantie militairement. 
 

Une adhésion aurait donné à l’État kosovar la gestion de quatre sites de l’Église orthodoxe serbe classés au patrimoine mondial de l’Humanité, dont les monastères de Pec, Gracanica et Decane. Décalage Diplo est allé à Gracanica il y a six mois, pour y constater que l’État kosovar a déjà confié la gestion quotidienne du monastère à l’Église orthodoxe locale. Devant le monastère, un immense drapeau serbe flotte sur la place publique, tous les panneaux sont en cyrillique dans ce petit village serbe, et les frayeurs systématiquement avancées par les officiels russes et serbes sont déphasées: la période des déprédations de lieux de culte, tant musulmans qu’orthodoxes, remontent pour les dernières à plus de dix ans.


L’adhésion simultané de la Serbie et du Kosovo à l’UE poursuit son laborieux chemin, et les deux États ont signé des textes où ils s’engagent
à ne pas entraver l’accession de l’autre


Vu de Belgrade, « il s’agit d’une victoire juste et morale acquise dans des conditions presque impossibles », selon le président Tomislav Nikolic. « Personne ne peut humilier la Serbie », rajoute le Premier ministre Aleksandar Vucic, tout en promettant de « poursuivre le dialogue avec Pristina ». Les conditions impossibles dont ils parlent sont tout simplement la difficulté à faire voter en leur sens un grand nombre d’États membres, ce qui est relativement ordinaire comme processus. Certes, le processus d’adhésion simultané de la Serbie et du Kosovo à l’UE poursuit son laborieux chemin, et les deux États ont signé des textes où ils s’engagent à ne pas entraver l’accession de l’autre. Mais sur le dossier de l’UNESCO, l’on peut encore se faire des croche-patte.

Outre la gestion des lieux saints, l’adhésion devait permettre à l’État kosovar d’accéder à des fonds dans les domaines de l’éducation et de la culture. Il faudra attendre 2017 pour soumettre de nouveau le dossier. D’ici là, il y a fort à parier que ni la Serbie ni le Kosovo ne seront devenus des États membres de l’Union européenne, mais la classe politique serbe le veut-elle vraiment ?

Toujours est-il que les diplomates kosovars se sont démenés énergiquement depuis des mois pour remporter la mise, grâce au soutient constant de nombreuses chancelleries occidentales, au premier rang desquelles le Foreign Office britannique qui n’a pas été avare d’excellents et efficaces conseils. Il ne faut jamais oublier combien le pays est petit (un peu plus grand que la Corse) et faible. Ses efforts pour montrer que les sites historiques et cultuels sont respectés, que les droits de tous sont respectés, que les Serbes restant au Kosovo sont protégés physiquement et juridiquement, ont été constants. Des ouvrages artistiques abondent, et le vice-ministre des Affaires étrangères Petrit Selimi, a dû parcourir le monde trois fois en avion avec sa petite et très professionelle équipe. Ils vont sûrement recommencer.